Budget de l’Observatoire, acquisition souhaitée d’un théodolite

[À] M. le Ministre de l'Intérieur
Bruxelles le 30 décembre 1853
Monsieur le Ministre,
Par votre lettre du 27 de ce mois n° 1552/5319, 5e Division, vous me faites l’honneur de me communiquer les observations de la Section centrale chargée de l’examen du budget de 1854, au sujet d’une somme de 3 000 francs que vous avez demandée pour l’acquisition d’un théodolite.
Ces observations sont formulées de la manière suivante : « 7160 sont alloués, chaque année, … fréquent ».
Il est évident, Monsieur le Ministre, qu’il y a, ici, une erreur facile à rectifier : le budget porte en effet, à côté des mots matériel et acquisitions, une somme de 7 160 mais il est aisé de se convaincre cette somme se distribue annuellement de la manière suivante comme l’indiquent tous les budgets et comptes de l’Observatoire :
Impressions, lithographies, cadres pour les instruments et les calculs
2 500
frs
Bibliothèques, abonnements, reliures 1 000
Instruments et entretien 1 160
Mobilier et assurances 1 300
Chauffage et éclairage 800
Frais de bureau, ports, imprévus 400
frs 7 160

C’est donc une somme de 1 160, et non de 7 160 francs, qui est destinée à l’acquisition d’instruments et à leur entretien ; et même, la somme n’a été que de 300 francs pour 1850 et 1849, époque, où, par un autre malentendu, on a supprimé 2 000 francs du budget de l’Observatoire.

Cette somme de 300 francs n’étant pas suffisante pour l’entretien des matériels instruments existants, il a fallu prendre sur les impressions qui se trouvent par-là extrêmement arriérées.
C’est à tort que la Section centrale pense qu’il soit possible de faire jamais une acquisition un peu importante avec le budget actuel. Depuis 1830, il n’a été acquis qu’un seul instrument astronomique, la lunette de CAUCHOIX qu’on avait d’abord été réduit à louer à l’artiste français et qu’on a pu acheter ensuite sur les fonds de plusieurs années, quand le budget de l’Observatoire était encore de 24 000 francs.
J’ai l’honneur de vous adresser les différents rapports sur l’Observatoire que je possède encore ; tous exposent de la manière la plus explicite l’impossibilité où je me suis trouvé d’acheter des instruments astronomiques.
Voici ce que vous trouverez, Monsieur le Ministre, dans le premier rapport sur l’Observatoire, fait en 1839 : « Depuis la révolution de 1830, on a plus fait aucune acquisition d’instruments un peu remarquables ; cependant, plusieurs instruments essentiels manquent encore … ». De même en 1841 et 1842, « il n’a pu être fait, disais-je, aucun achat d’instruments astronomiques ». Et cette phrase s’est reproduite identiquement la même, d’année en année, jusque dans mon rapport de 1852 ; excepté à l’époque de l’acquisition de la lunette de CAUCHOIX qui a été payée sur les exercices de 1845 à 1848.
Le peu qui était porté au budget pour l’acquisition d’instruments, a été employé de la manière la plus utile à former pour la météorologie et la physique du globe, la collection peut-être la plus intéressante qui existe ; c’est au moins le jugement de l’illustre DE HUMBOLDT et de tous ceux qui l’ont vue. Une partie de ces instruments

existait avant 1830, l’autre a été acquise d’année en année : au reste, ce qui la distingue, c’est moins la valeur pécunière (elle ne s’élève pas à 10 000 francs) que le choix et la rareté des instruments : je les dois presque tous à l’obligeance des inventeurs qui les ont fait confectionner avec le plus d’économie possible ; quelques-uns ont été donnés.
Je ne dois donc que répéter ce que j’ai écrit dans mes tous mes rapports ; depuis 1830, c’est-à-dire depuis un quart de siècle, l’Observatoire n’a acquis qu’un seul instrument astronomique, et il a fallu le payer sur les fonds de plusieurs exercices lorsque le budget de l’Observatoire était encore de 24 400 francs. Depuis, non seulement il a été impossible de songer à faire des acquisitions nouvelles, mais la plupart des observations n’ont pas pu été imprimées. Ce n’est qu’en 1852 qu’ont été publiées mes premières observations (faites à la lunette méridienne en 1836, 37 et 38).
Quant au théodolite demandé, il serait de la plus grande utilité pour l’Observatoire ; d’une autre part, il est indispensable à la collection créée par arrêté royal du 15 mai 1851, en faveur des jeunes gens qui cultivent les sciences d’observation et qui désirent se livrer à des séries expériences.
Pour appeler votre attention, Monsieur le Ministre, sur le contenu de ma lettre du 18 janvier de cette année, je crois y avoir exposé de la manière la plus claire combien l’Observatoire a été lésé souffert en 1849 par la diminution apportée dans son budget. Si la Chambre consentait à rétablir le chiffre tel qu’il était à cette époque, je pense que je trouverais les moyens, par une grande économie, de payer le théodolite en question sur deux exercices et de tenir désormais l’établissement à la hauteur où il doit être.
L’Observatoire royal de Bruxelles occupe un rang distingué parmi tous ceux de l’Europe ; et il a reçu, dans ces derniers temps surtout, des témoignages éclatants d’estime ; il serait fâcheux de laisser supposer qu’on ne fait rien pour tenir ses instruments astronomiques au courant de la science.
Agréez, &a

Date: 
Vendredi, 30 décembre, 1853 - 00:00
Écrit par: 
A. Quetelet
Adressé à: 
Ferdinand Piercot, ministre de l'Intérieur
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