Réception d’instruments, travaux de l’Observatoire

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[note moderne au crayon] 031

À M. Van Ewyck, admi. &a

Monsieur,

J’aurais dû vous prévenir depuis quelques jours que j’ai enfin reçu les instrumens magnétiques que nous attendions depuis si longtemps. L’artiste n’explique pas dans sa lettre que j’ai l’honneur de vous envoyer les causes de ce retard ; la personne qui s’était chargée du transport a aussi éprouvé des contrariétés qui ne lui a [sic] pas permis d’apporter les caisses sur le bateau à vapeur. Il a ensuite fallu les amener ici par eau, ces circonstances ont occasionné quelques frais que je ne connais pas encore au juste parce qu’on m’a promis de produire les reçus. J’avoue que ma première occupation a été d’en examiner les aiguilles et de m’en servir pour déterminer la déclinaison et l’inclinaison, élémens qu’on n’avait pas encore déterminés à Bruxelles, je pense, avec des instrumens de cette précision. J’apprécie maintenant plus que jamais le bonheur de posséder de bons instrumens ; c’est le seul moyen de faire quelque chose d’utile. Je compte dès à présent faire plusieurs séries d’observations afin de constater les directions de l’aiguille, ce qui va servir de point de départ pour les travaux météorologiques qui concernent le magnétisme. Je sais, Monsieur, qu’en fesant [sic] l’acquisition de ces instrumens, vous ne me les destiniez primitivement pas. J’ose vous supplier cependant de ne pas me les retirer, il faudrait aussi bien les remplacer par la suite, puisqu’ils font partie des instrumens les plus nécessaires dans un observatoire ; ce sont d’ailleurs les seuls avec lesquels je puisse observer dans le moment actuel. Je dois même renoncer à une observation suivie du baromètre, tant que je n’aurai pas de demeure fixe.

Dans les notes écrites de la main de M. TROUGHTON (notes que j’ai conservées), je trouve que l’aiguille de déclinaison avec sa lunette méridienne et ses accessoires ne devait coûter que 40 £ ; mais l’aiguille d’inclinaison est marquée à 30 £. Je vous prierais, Monsieur, de vouloir bien me dire ce que vous pensez de cette différence et s’il conviendra d’en écrire à l’artiste. Je vous serais fort obligé

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aussi de m’indiquer ce que je lui dois dire relativement au paiement ou si vous préférez faire arranger cette affaire à Londres sans mon intervention.

Depuis que M. le cap[itaine] SABINE est allé porter son pendule à M. SCHUMACKER, je n’entends plus parler du nôtre ; il paraît que ce savant me fera aussi la galanterie de venir m’apporter notre instrument. Je serais toutefois fort embarrassé de lui offrir dans l’instant un local convenable. M. le Gouverneur vient de m’écrire une lettre relative à l’observatoire ; il me demande quand les travaux seront terminés, il paraît ignorer que je suis entièrement en dehors de cette affaire et que depuis longtemps je n’ai plus rien de commun avec la Régence et l’architecte, et je ne dis pas avec les entrepreneurs, puisque c’est la Ville qui a fait l’adjudication et que je ne vois leurs travaux que comme curieux absolument passif. Je viens de recevoir une lettre de M. GAUTIER ; il paraît que l’exemple de notre gouvern[ement] est d’une bonne influence, puisque Genève rebâtit son observatoire ; il est assez remarquable que le plan adopté provisoirement par M. GAUTIER et les instrumens choisis sont exactement les mêmes que les nôtres sur une plus petite échelle ; je suis très flatté de cette rencontre ; car je me trouverais profondément affligé d’avoir engagé le gouv[ernement] dans la moindre dépense inutile. M. GAUTIER est le même astronome qui a publié des notices sur les observatoires d’Angleterre, notices auxquelles je vais faire le complément en donnant des plans de ces édifices. Je suis lié depuis longtemps avec lui, nous nous sommes rencontrés ensemble à l’observatoire de France et nous y avons fait plus d’un calcul en commun. Genève remet ses intérêts entre les mains d’un homme aussi modeste qu’instruit, et sa démarche actuelle le prouve, car personne ne connaît mieux que lui la constitution des observatoires.

M. LEMAIRE paraît fort content de son séjour en Angleterre ; il m’a écrit tout ce que je connaissais déjà de l’obligeance des Anglais. J’ai terminé la révision de mon travail statistique. J’ai cru devoir le garder ici jusqu’à votre retour à Bruxelles pour vous consulter sur un point qui me semble assez délicat. J’ai quelque scrupule d’offrir si peu de choses à Sa Majesté dont je tiens tout ; je crains d’une autre part de mourir débiteur insolvable.

note en marge] App[...?] BERZELIUS

Date: 
Tuesday, 16 September, 1828 - 00:00
Written by: 
A. Quetelet
Addressed to: 
D.J. Van Ewyck, administrateur général de l’Instruction publique
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